EXCLUSIF : En 2016, le Quai d’Orsay informe le Sénat que nos alliés appuient les djihadistes anti-Charlie Hebdo au Yémen

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EXCLUSIF : Découvrez un extrait de notre enquête, qui démontre que le Quai d’Orsay, le Sénat français et le Pentagone étaient informés depuis au moins 2016 du soutien, par nos alliés du Golfe, du réseau djihadiste derrière l’attentat contre Charlie Hebdo. Problème : ces informations choquantes n’ont pas dissuadé les États-Unis et la France de poursuivre leur appui matériel et militaire en faveur de cette offensive émiratie et saoudienne au Yémen – bien qu’elle ait renforcé ce groupe terroriste depuis près de cinq ans. Révélations. 

 

7 janvier 2015. Huit membres de la rédaction de Charlie Hebdo, l’un de leurs invités, deux policiers et un agent de maintenance sont assassinés par deux terroristes islamistes, qui se revendiqueront deux jours plus tard comme des membres d’al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), une organisation djihadiste basée sur le territoire yéménite. Saïd, l’un des deux frères Kouachi, avait d’ailleurs été formé militairement par ce réseau terroriste au Yémen en 2011

 

26 mars 2015. Directement appuyés par les États-Unis, la France et la GrandeBretagne, l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et un certain nombre de leurs alliés sunnites lancent une intervention militaire au Yémen, qui provoquera les années suivantes une gigantesque crise humanitaire et, comme notre dernière enquête le prouve, le renforcement d’AQPA – soit le réseau terroriste à l’origine de l’attentat contre Charlie Hebdo.  

 

6 mars 2016. Jean-Marc Grosgurin, alors ambassadeur français au Yémen, déclare devant la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat être au courant que « les forces gouvernementales » soutenues par nos alliés de la coalition arabe constituaient alors « un “patchwork” de miliciens » incluant des « islamistes » et des « membres d’AQPA ». Il reconnait même les « relations ambiguës » de nos alliés pétromonarchiques vis-à-vis de ce réseau terroriste aux origines de l’attentat contre Charlie Hebdoaffirmant toutefois que les « Émiriens ont (…) une différence majeure avec Riyad : ils ne veulent pas combattre aux côtés d’al-Qaïda. (…) Pour [eux], AQPA est clairement un ennemi. Riyad est plus ambigu à ce sujet (…) Il faut cependant signaler que Riyad n’a jamais frappé les sites occupés par al-Qaïda. La ville d’al-Mukalla, chef-lieu de la province du Hadramaout, occupée depuis plusieurs mois par al-Qaïda, n’a jamais été frappée par la coalition. Pour les Émiriens, c’est inacceptable. » Or, si ces derniers considéraient officiellement AQPA comme un ennemi, al-Mukalla fut évacuée par cette organisation quelques semaines plus tard, en vertu d’un accord secret noué entre cette organisation terroriste et ces mêmes Émirats. À cette occasion, les miliciens d’AQPA auraient emporté jusqu’à 100 millions de dollars volés dans cette ville portuaire, sans que les drones et les chasseurs américains ne frappent leur convoi durant cette évacuation. Dans tous les cas, ces déclarations de l’ambassadeur français au Yémen prouvent :

 

1) que nos autorités étaient conscientes, en mars 2016, de la présence de l’organisation derrière les attentats de Charlie Hebdo au sein de la « force gouvernementale » soutenue par la coalition de nos alliés saoudiens et émiratis au Yémen – une coalition elle-même appuyée par les États-Unis, la France et la GrandeBretagne ;

 

2) qu’elles n’ignoraient pas les « relations ambiguës » des Saoudiens avec AQPA, bien que cette organisation avait revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo l’année précédente, et qu’elle avait formé militairement l’un des deux frères Kouachi en 2011.

 

3) qu’elles ignoraient manifestement l’entente secrète entre AQPA et les Émirats Arabes Unis. Contacté pour les besoins de cette enquête, le député Sébastien Nadot estime qu’il est « tout à fait possible que l’État français n’en était pas informé. Concernant les circuits d’argent entre les Émirats et AQPA, il y a peu de chance que notre gouvernement en ait eu connaissance. Concernant les recrutements, par la “coalition arabe”, de mercenaires issus de cette organisation terroriste, il y avait probablement des informations de terrain, difficile d’être affirmatif avec certitude. » Les éléments que nous vous dévoilons indiquent qu’au contraire, le Quai d’Orsay et le Sénat était informés de la présence d’AQPA au sein des forces soutenues par nos alliés saoudiens et émiratis, et que nos autorités étaient au courant du trouble jeu de ces derniers vis-à-vis de l’organisation derrière les attentats de Charlie Hebdo – du moins côté saoudien. Ces faits choquants n’ont pas dissuadé les Présidents Hollande et Macron de soutenir activement l’Arabie saoudite et les Émirats au Yémen. Il s’agit donc d’une potentielle affaire d’État. 

 

Sollicité par notre équipe, un membre important des services secrets français, qui a requis l’anonymat, confirme quant à lui que « nos autorités n’ignorent pas le jeu dangereux de nos alliés du Golfe – soit l’Arabie saoudite et les Émirats –, vis-à-vis d’AQPA au Yémen, mais également sur d’autres théâtres d’opérations avec d’autres groupes de cette nébuleuse islamiste. En effet, rappelons que les “rebelles modérés” soutenus par la France et ses alliés occidentaux en Syrie ont combattu, pendant des années, aux côtés de plusieurs groupes djihadistes, dont le Front al-Nosra lorsque cette organisation et le futur Daech ne faisaient qu’un – c’est-à-dire avant leur séparation du printemps 2013. N’oublions pas non plus que la France, en particulier le Quai d’Orsay, a longtemps soutenu les Frères Musulmans en Libye à partir de 2011, avant que le ministère de la Défense ne se mette à appuyer le maréchal Haftar pour contrer cette même organisation dès 2014. Or, ce chef de guerre a intégré dans ses rangs des salafistes provenant d’Arabie saoudite, qui ne jurent que par la Charia et qui considèrent que la volonté d’Allah doit s’imposer à tous, y compris aux institutions. Ces différents arrangements sont connus de nos autorités, mais les importants partenariats sécuritaires, économiques et militaires que nous avons noué avec l’Arabie, les Émirats et leurs rivaux qataris nous amènent à fermer les yeux sur ces alliances – et ce au mépris de notre sécurité nationale. »  

 

Les familles des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo – et quiconque fut affecté de près ou de loin par cette folie djihadiste financée par nos alliés du Golfe –, doivent impérativement en être informés. Ces vérités sont trop graves pour rester enfouies derrière la raison d’État, et c’est pourquoi nous vous encourageons à diffuser le plus largement possible le présent article. 

 

Maxime Chaix

 

Pour lire l’intégralité de cette enquête, cliquez ici (accès payant).

 

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One Response to “ EXCLUSIF : En 2016, le Quai d’Orsay informe le Sénat que nos alliés appuient les djihadistes anti-Charlie Hebdo au Yémen ”

  1. […] au Yémen avait informé le Sénat français du soutien saoudien en faveur d’AQPA, et ce dès mars 2016. Durant cette audition, il affirma que les Émirats Arabes Unis combattaient cette organisation. […]

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