Djihad, high-tech et barbouzes : les détails de la contre-offensive turque à Idleb

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À la fin du mois de février, des dizaines de soldats de l’armée turque furent ciblés par une frappe aérienne meurtrière de l’alliance russo-syrienne. À la suite de cette attaque, Ankara surprit nombre d’analystes en menant une contre-offensive d’envergure dans la province d’Idleb, entraînant de lourdes pertes humaines et matérielles dans les rangs de l’armée syrienne. Nous vous expliquons aujourd’hui les détails de cette opération, dans laquelle les services secrets turcs ont joué un rôle clé – notamment au niveau du renseignement technique et de l’encadrement des djihadistes sur le terrain. Il ressort de cette analyse que la Turquie peut mener des opérations d’envergure sans appui étranger significatif, grossissant ses rangs grâce à des supplétifs islamistes – ce qui devrait nous alarmer.  

 

L’opération Bouclier de printemps : des technologies modernes au service d’un djihad rétrograde

 

Dans un récent article publié par Al-Monitor.com, le professeur Barin Kayaoglu nous a offert de précieux détails sur la récente contre-offensive turque à Idleb, baptisée opération Bouclier de printemps. Tandis que les termes du cessez-le-feu décidé à Moscou le 5 mars ont attiré de nombreuses critiques contre Erdogan, Barin Kayaoglu rappelle que la contre-offensive qui a précédé cet accord a empêché une sévère humiliation de la Turquie par l’armée syrienne et ses soutiens.

 

D’après ce spécialiste, « bien que les détracteurs du Président turc aient raison, ils oublient un fait crucial : sans les Forces Armées Turques (le TSK) et l’Organisation du Renseignement National (le MIT), Ankara aurait subi une grave défaite en Syrie et sur la scène internationale. Alors que les médias internationaux reconnaissent que les [drones] (…) de la Turquie ont inversé la tendance, un large éventail de systèmes d’armes et le travail de renseignement du TSK et du MIT ont contribué au succès partiel de la récente campagne militaire turque dans le Nord-Ouest syrien ». Manifestement, Barin Kayaoglu considère qu’il est honorable que la Turquie ait soutenu des forces djihadistes dans la province d’Idleb, dont la principale d’entre elle a remercié le gouvernement turc pour son appui militaire. Il n’en demeure pas moins que son article est important, en ce qu’il nous permet de mesurer le degré de sophistication de cette contre-offensive – qui fut attentivement observée par nos états-majors

 

Comme le précise Barin Kayaoglu, « le premier facteur ayant permis à Ankara de tenir le choc fut ses capacités de “renseignement d’origine électromagnétique” (ROEM). Cette notion fait référence à l’interception des communications de la partie adverse (téléphones, radios, transmissions par satellite) et de l’empreinte électronique (en particulier des radars) et, dans la mesure du possible, à la production d’une intelligence exploitable. Un ex-officier anonyme du MIT (…) a déclaré à Al-Monitor qu’après que le TSK eut transféré en 2012 son commandement des systèmes électroniques au MIT – qui l’a restructuré en tant que Direction du Renseignement sur les Signaux –, les capacités de ROEM de la Turquie se sont considérablement développées. » Au niveau du renseignement satellitaire, nous avons expliqué que Thales et Arianespace avaient respectivement co-développé et propulsé en orbite le satellite Göktürk-1.

 

À cette occasion, nous avons révélé que le MIT s’appuyait sur ce système pour soutenir ses offensives actuelles dans le Nord de la Syrie et en Libye, d’après nos informateurs. Plus récemment, l’une de nos sources autorisée nous confirma qu’« il est certain que le satellite Göktürk-1, opéré depuis le territoire turc, a été exploité pour renseigner Ankara sur la présence des forces armées syriennes » dans la province d’Idleb. Il précise toutefois que ce satellite « a été principalement développé par l’Italien Telespazio et mis en orbite par une fusée Vega, dont les lancements sont certes commercialisés par Arianespace, mais dont le maître d’oeuvre est une firme italienne. En outre, les occurrences de Göktürk-1 sont relativement faibles – soit un passage tous les 72 heures –, et sa résolution de 50 à 80 cm ne peut rivaliser avec les drones dont disposent les Turcs. »

 

Dans son analyse, Barin Kayaoglu confirme en effet l’importance des « drones TB-2 et Anka de la Turquie [, qui] ont réussi à pénétrer dans l’espace aérien de la Syrie et à mener des frappes punitives contre le régime d’Assad et ses alliés. Mis à part ces systèmes, les héros de cette histoire furent les E-7, qui sont des avions de contrôle et d’alerte avancée du TSK, (…) ainsi que les drones tactiques du MIT qui ont identifié des cibles. Grâce à la coordination sophistiquée entre le TSK et le MIT, et entre les unités du TSK, un F-16 de l’armée de l’air turque a réussi à abattre deux Su-24 syriens le 1er mars sans entrer dans l’espace aérien syrien. Un soutien supplémentaire aux frappes punitives de la Turquie contre les forces syriennes a été fourni par des plateformes telles que l’artillerie automotrice de nouvelle génération T-155, par divers systèmes de fusées à lancement multiple, et par le brouilleur terrestre KORAL. » Le professeur Kayaoglu cite alors les importantes pertes humaines et matérielles qu’auraient infligées les forces turques à leurs ennemis syriens. Si ce bilan est certes lourd, nos sources nous indiquent qu’il fut volontairement gonflé par les autorités turques. Au final, et malgré la tentative scandaleuse du journal Le Monde de présenter l’« ex- » branche d’al-Qaïda en Syrie comme une organisation fréquentable, la technologie ultramoderne de l’armée et des services turcs a été mise à profit pour soutenir des milliers de djihadistes rétrogrades – du moins sur le plan religieux

 

Le rôle clé des services spéciaux turcs dans le soutien et l’encadrement de leurs supplétifs islamistes

 

Outre l’aspect technologique, l’article de Barin Kayaoglu que nous commentons nous révèle le rôle clé du MIT dans le soutien et l’encadrement des milliers de djihadistes alliés aux forces turques dans la province d’Idleb. Selon lui, « le deuxième facteur qui a aidé la Turquie à éviter une catastrophe en Syrie furent les “commandos espions”. Inventé par l’ancien inspecteur général de la CIA Frederick Hitz au début des années 2010, ce terme clinquant fait référence au Groupe des Activités Spéciales de la CIA. Il s’agit des opérationnels formés au combat qui ont mené des activités paramilitaires pendant la guerre froide, et qui continuent d’opérer depuis le 11-Septembre. (…) Comme Hitz l’a souligné en 2013, les États-Unis ont dégradé les capacités d’al-Qaïda dans des endroits aussi divers que l’Afghanistan, le Pakistan, le Yémen et l’Afrique du Nord, dans une large mesure grâce à l’utilisation efficace des drones et des “commandos espions”. » L’évidente ironie de cette comparaison réside dans le fait que ces techniques employées par la Turquie à Idleb ont conduit à l’effet inverse – soit au renforcement des excroissances locales d’al-Qaïda, qui plus est avec la bénédiction et le soutien matériel de Washington. Les familles des victimes du 11-Septembre et des autres attentats de l’organisation d’Oussama ben Laden apprécieront.

 

Toujours selon Barin Kayaoglu, « le TSK et le MIT ont opéré [de la même manière que les unités paramilitaires de la CIA] dans le Nord-Ouest de la Syrie entre le 1er et le 5 mars. Alors que les drones turcs ont mené une grande partie des combats à Idleb avec le soutien du MIT, diverses attaques contre des cibles syriennes de premier plan – y compris l’assassinat d’au moins un général d’armée, selon un député syrien, et de deux autres généraux, selon les médias turcs –, ont eu lieu grâce au bon vieux “renseignement humain”. Selon l’ancien officier des services turcs, en plus du ROEM et des unités militaires du TSK, les appuis du MIT ont joué un rôle déterminant dans la localisation des cibles syriennes – surtout grâce aux membres de certains groupes d’opposition militants ou d’agents du renseignement implantés dans ces milices. » Vous l’aurez compris, l’expression « groupes d’opposition militants » est un euphémisme pour décrire des factions majoritairement islamistes, dont un certain nombre furent appuyés par la CIA et ses alliés durant l’opération Timber Sycamore – y compris à Idleb

 

Il n’est pas surprenant que la Turquie soutienne aussi ouvertement la dernière coalition de milices djihadistes anti-Assad. Comme nous l’avons récemment souligné dans nos colonnes, le MIT avait directement favorisé la montée en puissance de Daech, et ce à différents niveaux. Selon InvestigativeJournal.org, durant le conflit syrien, « Ankara aurait pu facilement sceller ses frontières, empêchant ainsi le transfert de combattants étrangers de l’État Islamique ou le passage du soutien logistique en faveur de cette milice. Au contraire, depuis le début du conflit syrien en 2011, (…) Erdogan a soit fermé les yeux, soit utilisé des supplétifs pour aider directement cette organisation terroriste. J’ai été personnellement témoin de ces politiques du gouvernement Erdogan entre 2010 et 2013, en ma qualité de chef de la lutte antiterroriste (…) et, entre 2013 et 2014, en tant que responsable de l’ordre public et des enquêtes criminelles à Sanliurfa, en Turquie. Il s’agit d’une ville de 2 millions d’habitants, qui était considérée comme l’étape finale de l’“autoroute djihadiste” de Daech. En 2014, j’ai dû quitter la police et prendre ma retraite afin de ne pas être impliqué dans les atrocités d’Erdogan, qui s’apparentent à des crimes contre l’humanité. » Manifestement, si l’on en croit Emmanuel Macron, la Turquie continue de travailler « avec des supplétifs de Daech ». Puisque nos partenaires américains refuseront certainement d’exclure ce pays de l’OTAN, nous serions bien inspirés de sortir nous-même de l’Alliance atlantique et de créer une organisation de pays souhaitant construire une vraie Défense européenne.

 

Maxime Chaix

 

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2 Responses to “ Djihad, high-tech et barbouzes : les détails de la contre-offensive turque à Idleb ”

  1. 1)Erdogan. Est alle a Canosa a Moscou
    2)Erdogan a accepte l integrite de la Syrie
    3)les voies m4 et 5. sont sous controle russe et donc idleb est encerclee comme les 12. postes turcs
    Ce qui veut dire qu il doit respecter. Les accords de Sotchi, cad dire la neutralisation des terroristes
    4) les drones sont israeliens….
    Tu te vantes du materiel des turcs posession de l otan et d israel membre de l otan…..Putin. veut eparner la vie de ses soldats,…Erdogan a ete a Canosa. Avec toute son equipe et putin lui a sauve la face apres l avoir sauve….de quoi tu parles…..il y a eu des bagarres au parlement turc…..tot ou tard Erdogan sera enect.e il a perdu Constantinople et. Ankara…la Syrie sera son cimetiere

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