Daech, Covid-19 : derrière la comm’ martiale, des politiques dangereuses et irresponsables

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Ce virus n’avait pourtant rien d’une surprise stratégique, et les ravages qu’il provoquait en Chine, en Italie ou en Iran ne pouvaient qu’alarmer nos autorités. Or, jusqu’à la mi-mars, ces dernières ont minimisé l’ampleur de cette menace, et elles ont même maintenu les élections municipales. Ayant tardivement pris conscience de ce danger, elles affirment désormais que nous sommes en guerre, et elles prônent l’union nationale – comme François Hollande après les attentats du 13-Novembre. Or, avant ces deux crises, nos autorités ont mené des politiques totalement irresponsables, qui ont favorisé la montée en puissance de ces fléaux : soutien clandestin de l’effort de guerre des djihadistes anti-Assad sous Hollande, y compris de Daech via l’Armée Syrienne Libre ; légèreté coupable de notre gouvernement actuel face au Covid-19, et ce jusqu’à la mi-mars. Si l’unité nationale doit s’imposer face à des crises aussi éprouvantes, ne jamais oublier les décisions catastrophiques de nos élites est un impératif citoyen. En effet, elles cherchent à dissimuler leurs échecs par des déclarations martiales et des appels à les soutenir aveuglément. Hélas pour elles, mais heureusement pour notre démocratie, #onnoublierapas.

 

2015 : « Nous sommes en guerre »… contre un djihad que notre État soutenait en Syrie

 

Nous sommes le 16 novembre 2015, trois jours seulement après les attentats du Bataclan, des terrasses et du Stade de France. Devant le Parlement réuni en Congrès, François Hollande affirme que « nous sommes en guerre ». L’ennemi désigné est un redoutable réseau takfiriste qui s’est autoproclamé « État Islamique en Irak et au Levant » en avril 2013. Un mois plus tôt, comme nous l’avons révélé en exclusivité, quatre groupes djihadistes liés ou affiliés à Daech s’emparent de 88 missiles Milan dans une caserne de l’armée syrienne à Alep. En septembre 2013, un important journal français nous informe que ces « rebelles » ayant subtilisé ces 88 ogives antichar ont été clandestinement approvisionnés en postes de tir Milan par nos services spéciaux. En effet, ces factions anti-Assad possédaient un certain nombre de ces missiles, mais elles manquaient de lanceurs. À l’époque, ces révélations passent inaperçue, d’autant plus que le journal en question ne mentionne pas qui sont ces groupes armés, les décrivant comme des « rebelles syriens ». À travers notre enquête, nous avons pu déterminer avec certitude qu’ils étaient tous les quatre au coeur de la « nébuleuse Daech ».

 

Pour quiconque n’ayant pas étudié de près le conflit syrien, ces révélations peuvent sembler fantaisistes. Or, l’Armée Syrienne Libre (ASL) a été soutenue par le gouvernement français alors que ses miliciens combattaient aux côtés du futur « État Islamique ». Ce fut notamment le cas lors de la prise de la base aérienne de Menagh, entre mai et août 2013, ou durant l’offensive de Lattaquié à la même époque. 1 Plus globalement, l’ASL soutenue par la France et ses alliés occidentaux a combattu aux côtés de Daech jusqu’à l’hiver 2013-2014, pour se liguer ensuite avec le Front al-Nosra, réputé être la branche d’al-Qaïda en Syrie. Focalisé sur l’objectif de renverser Assad, l’État français s’est donc lancé dans un certain nombre d’opérations troubles au Levant, qui l’ont amené à soutenir à différents niveaux la nébuleuse djihadiste anti-Assad – comme l’ont publiquement déploré plusieurs députés français. Hélas, Daech finit par frapper notre capitale dix mois seulement après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher. Faisant comme si le soutien de l’État français et de ses alliés en faveur des djihadistes anti-Assad n’avait jamais existé, François Hollande déclarait alors que nous étions « en guerre » tout en prônant l’« union nationale ». Or, de tels artifices de communication tendent à nous faire oublier les compromissions, l’incompétence et les trahisons de nos élites – qui nous exhortent à faire table rase du passé, et à nous abstenir de les critiquer au nom d’un hypocrite appel à l’union sacrée. 

 

2020 : « Nous sommes en guerre »… contre un virus dont notre État a trop longtemps minimisé la gravité 

 

Nous sommes le 16 mars 2020, dix jours seulement après qu’Emmanuel Macron eut encouragé ses concitoyens à poursuivre leurs sorties, y compris pour aller voter au premier tour des municipales alors que les commerces devaient fermer le soir-même, et les écoles le lendemain. Devant des millions de téléspectateurs, le locataire de l’Élysée affirme que « nous sommes en guerre ». L’ennemi désigné est un redoutable virus, dont l’ex-ministre de la Santé aurait très tôt signalé la gravité à notre Exécutif. En effet, Agnes Buzyn a récemment déclaré avoir « vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le Directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au Président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. (…) Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. »

 

S’il est impossible de confirmer ces accusations, elles ont d’ores et déjà entraîné un dépôt de plainte devant la Cour de Justice de la République contre Édouard Philippe et Agnes Buzyn elle-même. Selon Le Figaro, notre Exécutif aurait opté pour l’« immunisation de groupe », se rendant tardivement compte de la gravité de la situation. Dans tous les cas, le maintien du match OL-Juventus, du Salon de l’Agriculture ou d’autres événements de masse, de même que les incitations à sortir, à ne pas changer nos habitudes et à voter sont autant d’éléments qui nous montrent une légèreté coupable face à la gravité de cette pandémie – en particulier si les accusations d’Agnes Buzyn s’avéraient exactes. En clair, notre gouvernement a pris des décisions qui ont favorisé la progression de ce virus, encourageant les Français à poursuivre leurs sorties. Or, dès le lendemain des municipales, Macron nous exhortait de rester chez nous, fustigeant « le non-respect des règles de confinement » sans faire aucun mea culpa

 

 

Faisant comme si l’amateurisme et l’imprudence de l’État français face au Covid-19 n’avaient jamais existé, Emmanuel Macron déclara que « nous sommes en guerre » tout en prônant l’« union nationale ». Or, de tels artifices de communication tendent à nous faire oublier les compromissions, l’incompétence et les trahisons de nos élites – qui nous exhortent à faire table rase du passé, et à nous abstenir de les critiquer au nom d’un hypocrite appel à l’union sacrée. Jusqu’à quand allons-nous le tolérer ? Comment osent-ils nous mettre à ce point en danger puis en appeler à l’unité ? Combien faudra-t-il de morts pour ne plus accepter une telle irresponsabilité ? 

 

Maxime Chaix

 

Notes 

 

1) Concernant l’opération conjointe d’août 2013 menée par l’Armée Syrienne Libre, Daech et d’autres groupes djihadistes à Lattaquié, voir les pages 27, 28 et 29 de ce rapport de l’Institute for the Studies of War. 

 

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