Effets indésirables du confinement : ces experts qui sonnent l’alarme (partie 2)

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Actuellement, l’urgence sanitaire et la peur qui se généralise nous font oublier l’« iceberg » vers lequel nous nous dirigeons. En effet, la poursuite durable d’un confinement de masse pourrait entraîner un effondrement économique d’une ampleur jamais observée, qui engendrerait des crises sanitaires majeures, des troubles civils incontrôlables, un autoritarisme sans borne et des guerres à grande échelle. Si d’aucuns se réjouissent de la « décroissance » imposée par cette pandémie, la rupture systémique que nous subirons si le confinement s’éternise est avant tout facteur de chaos, de misère et de conflits armés. Dans cette seconde partie de notre analyse, nous étudierons ce qui nous semble être la meilleure stratégie de sortie du confinement, dont nous allons d’ailleurs observer les effets dans les prochaines semaines.

 

Pandémie et traumatismes de masse : deux crises sanitaires qui convergent outre-Atlantique

 

Dans la première partie de notre analyse, nous vous alertions sur le fait que le confinement avait d’ores et déjà des incidences graves sur la santé psychique des confinés, et qu’il induisait un effondrement économique susceptible de provoquer le chaos social – donc une explosion des pathologies engendrées par l’explosion de la misère. Par la suite, nous avons découvert l’évaluation alarmante de trois docteurs américains, qui observent que le confinement aura un impact délétère sur la santé de leurs concitoyens. Comme ils l’expliquent, « en tant que médecins traumatologues, (…) nous tirons la sonnette d’alarme : les traumatismes violents augmenteront à la suite de la pandémie de COVID-19. Malgré les obligations de rester chez soi et de respecter les mesures de distanciation, nous avons constaté une hausse indéniable des traumatismes. (…) Pour toute personne, la dégradation de la vie sociale, de la situation financière, de l’accès aux soins médicaux et de la routine est un potentiel facteur de catastrophes. »

 

Selon eux, « l’Histoire a démontré que les pandémies entraînent un effondrement de l’ordre naturel de la société. Par définition, les pandémies sont répandues, mortelles et destructrices. Le stress monte en flèche, et ce à des niveaux record. Or, en période de stress, toutes les formes de violence sont susceptibles d’augmenter : maltraitance et négligence envers les enfants ou les personnes âgées, comportements d’automutilation, violence entre partenaires intimes, violence familiale ou interpersonnelle. (…) Tout en répondant aux importants besoins des patients du Covid-19, qui sont gravement malades, nous nous préparons au défi supplémentaire de prendre soin des personnes souffrant de blessures traumatiques. Se préparer simultanément à ces deux crises [de santé publique] est loin d’être une tâche facile. »

 

Avant de dresser ce constat, ils observent que l’explosion des violences domestiques et des traumatismes est d’ores et déjà observable aux États-Unis – d’autant plus que le système américain ne permet pas d’absorber un tel choc économique sans provoquer immédiatement une hausse drastique du chômage, qui a touché 26 millions d’Américains ces dernières semaines. Or, il serait illusoire d’imaginer qu’en France, notre système tiendra longtemps face à cette crise. En effet, la sécurité sociale et l’assurance chômage seront massivement déficitaires en 2020. Alors qu’un épidémiologiste du Conseil scientifique annonce « un retour à la situation pré-confinement » pour la fin avril, l’allègement progressif des restrictions de mouvements qui pèsent sur l’ensemble de la population doit donc être une priorité absolue. Or, comment y parvenir sans risquer une nouvelle hausse des contaminations ?

 

Pour déconfiner intelligemment, sortir de notre hystérie et s’inspirer des Allemands 

 

Portée à notre connaissance par un confrère de Mediapart, l’interview du professeur Jean-François Toussaint dresse un constat optimiste sur l’évolution de cette pandémie. Il nous semble indispensable d’en relayer les principaux arguments, qui nuancent le climat d’hystérie collective dans lequel nous sommes enfermés. En effet, les stratégies qui prônent une alternance entre le confinement et l’ouverture jusqu’en 2022 ne semblent ni sérieuses, ni applicables – comme plusieurs médecins français l’ont souligné.

 

Pour en revenir à l’interview du professeur Toussaint, ce « chercheur (…) compile et interprète avec son équipe les données françaises et internationales depuis le début de l’épidémie. Celles-ci l’amènent à lancer plusieurs hypothèses détonantes, parfois à contre-courant : les mesures de ciblage des malades et de prévention seraient préférables à un confinement général, le virus pourrait être saisonnier et les données statistiques mondiales rendent, selon lui, incertaines l’émergence d’une deuxième vague épidémique. » Face à ce dernier argument, quid des « deuxièmes vagues » récemment annoncées par Singapour et le Japon ? Tout d’abord, il faut savoir que « les autorités sanitaires singapouriennes ont enregistré 1 111 nouveaux cas de Covid-19 mardi, portant le total à 9 125 et 11 morts », une hausse attribuée à « des campagnes de tests (…) lancées dans les foyers surpeuplés où vivent les travailleurs migrants, souvent dans des conditions insalubres. » Pour l’heure, il s’agit donc de cas sporadiques, et non d’une véritable deuxième vague affectant des milliers de personnes. L’on peut dresser le même constat au Japon, où la détection d’une centaine d’infections a récemment justifié une nouvelle fermeture des écoles, et la relance de l’état d’urgence. Or, les Japonais commencent à vivre de plus en plus mal ce confinement, sachant que les établissements scolaires ont été fermés entre le 27 février et le 6 avril. Chargées de l’éducation des enfants, voire de la prise en charge des parents des conjoints, les Japonaises sont particulièrement affectées par ces mesures. À terme, cette situation n’est pas tenable, en ce qu’elle fait peser un risque majeur sur la santé des populations. 

 

Sachant que plusieurs médecins estiment qu’une alternance entre périodes de confinement et d’ouverture jusqu’en 2022 serait inapplicable en France, quelle serait la stratégie alternative ? Encore une fois, le professeur Toussaint nous donne d’intéressants éléments de réponse. D’après lui, « ce que l’on voit sur les données recueillies, c’est une augmentation des cas et du nombre de décès qui suit dans la plupart des pays une dynamique tout à fait équivalente et comparable, quelle que soit la politique menée. Avec quatre à cinq semaines de croissance exponentielle du nombre de contaminés et de cas, et ensuite une phase de recul de l’épidémie. À ce moment-là, on compte un nombre de malades et de décès qui diminue progressivement. » Il souligne alors « l’importance de la distanciation sociale et des masques » sans généraliser le confinement, ce qui fut le choix de la Corée du Sud et de l’Allemagne, qui « ont montré l’efficacité d’une politique de ciblage et de confinement adaptée aux cas diagnostiqués. » Doutant de la survenance d’une seconde vague, il en appelle nos décideurs à baser leurs politiques sur ce qui est observable, et non en fonction du risque maximal. Parmi les données à prendre en compte, outre l’impact délétère d’un confinement massif sur la santé publique, il souligne l’importance du climat et de la situation géographique pour anticiper l’évolution de ce virus.  

 

Par conséquent, à l’aune de notre proximité avec l’Allemagne, il faudra observer de près leur stratégie de déconfinement et son impact, sachant qu’ils ont démarré ce processus lundi dernier. En clair, leur approche peut être résumée en trois mots : masques, tests et prudence. Il est donc indispensable d’encourager la production de nos propres masques et tests, afin de dépendre le moins possible du marché extérieur, sachant que cette réorientation industrielle est en cours. Dans tous les cas, le port du masque obligatoire dans l’espace public doit impérativement précéder toute mesure de déconfinement, comme le préconise l’Académie de médecine. On pourrait ainsi limiter la propagation de ce virus, sachant que ce type de masques limite notre contagiosité. En parallèle, il faudrait augmenter le nombre de tests, comme l’a bien compris notre gouvernement. Cette mesure nous permettrait de mieux cibler les personnes à confiner ce qui, avec la distribution massive de masques, nous permettra de sortir de ce périlleux état d’exception – qui a un impact délétère sur la santé de la population. 

 

Maxime Chaix 

 

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