Le Renseignement américain s’oppose à l’équipe Trump sur les origines du coronavirus

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Hier, Donald Trump a déclaré avoir consulté des « preuves » d’une fuite du coronavirus depuis un labo de Wuhan, mais sans les détailler, et en contredisant ses propres services. En effet, quelques heures plus tôt, la communauté américaine du Renseignement confirmait enquêter sur cette hypothèse, mais n’avoir pas encore trouvé d’éléments probants pour la démontrer. Le même jour, le New York Times affirma que les services secrets américains subissaient des pressions de la part du cabinet Trump pour qu’ils relient ce virus aux labos de Wuhan. Alors que la relation Pékin/Washington ne cesse de se dégrader, nous allons vous expliquer comment et pourquoi le Renseignement américain s’oppose à l’administration Trump sur la question des origines du coronavirus. Décryptage.  

 

C’est une démarche inhabituelle pour le Bureau du Directeur du Renseignement National (ODNI), qui conseille le Président des États-Unis et qui coordonne les 17 services secrets américains. En effet, cette institution a reconnu l’existence d’enquêtes sur les origines du SARS-CoV-2, précisant que « la Communauté du Renseignement est (…) d’accord avec le large consensus scientifique selon lequel ce virus (…) n’est ni d’origine humaine, ni génétiquement modifié », et qu’elle « continuera d’examiner rigoureusement les informations et les renseignements pour déterminer si cette épidémie a commencé par des contacts avec des animaux infectés, ou si elle résulte d’un accident dans un laboratoire de Wuhan. » En clair, selon l’ODNI, il n’existe toujours pas d’éléments qui prouvent une telle fuite de labo.

 

Quelques heures plus tard, Donald Trump déclara le contraire, en affirmant avoir consulté des « preuves » lui indiquant, avec un « haut degré de confiance », qu’un tel incident aurait eu lieu. Logiquement, lorsque l’on profère de telles accusations, il est difficile d’être crédible en l’absence de preuves solides – d’autant plus que la rapport de Trump avec la vérité est notoirement problématique. Dans l’Histoire, on a d’ailleurs pu constater que de nombreuses guerres américaines avaient été justifiées par des mensonges d’État, dont le plus célèbre est celui des « armes de destruction massive » imaginaires de Saddam Hussein. Rappelant ce scandale, le New York Times vient de révéler que le cabinet Trump faisait pression sur les espions américains afin qu’ils relient les labos de Wuhan au coronavirus. D’après ce quotidien, « l’insistance de certains membres du cabinet Trump sur cette théorie du labo » rappelle « les pressions de l’administration Bush en 2002, lorsqu’elle cherchait à obtenir des évaluations affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive et entretenait des liens avec al-Qaïda – ce qui est peut-être l’exemple le plus notoire de politisation du renseignement. » L’une des raisons de cette campagne de presse lancée par les services américains est d’éviter la répétition d’un tel fiasco, sachant que les pressions en cause semblent particulièrement fortes.

 

D’après le New York Times, on ne sait pas si Trump lui-même bouscule la Communauté du Renseignement. Dans tous les cas, il demanderait toute information pouvant relier ce coronavirus à une éventuelle fuite de labo afin d’en tenir la Chine pour responsable, et lui demander ainsi d’énormes réparations. Le Times identifie Michael Pillsbury comme étant à l’origine de cette idée. Considéré par Trump comme le « principal expert de la Chine », ce conseiller informel du Président américain est l’un des principaux architectes de la guerre commerciale lancée par Washington contre Pékin le 22 janvier 2018. L’année dernière, lors d’une intervention au Web Summit de Lisbonne, Pillsbury avait d’ailleurs expliqué qu’au-delà des simples négociations sur les droits de douane et la propriété intellectuelle, l’objectif stratégique de l’administration Trump était d’empêcher l’émergence de la Chine en tant que puissance mondiale hégémonique. Il est clair qu’en la décrivant comme la responsable de cette pandémie, le cabinet Trump cherche d’ores et déjà à exercer des pressions majeures sur Pékin. Soucieux d’être réélu, le Président sortant pourrait aussi tenter de faire diversion vis-à-vis de sa gestion de cette pandémie, qui est très critiquée outre-Atlantique. 

 

Or, les membres des services américains qui cherchent à informer l’opinion de ces pressions semblent surtout craindre que « tout rapport du Renseignement accusant une institution et des responsables chinois de cette épidémie pourrait nuire considérablement aux relations avec la Chine pour les années à venir. Et les responsables de l’administration Trump pourraient l’utiliser pour essayer d’inciter d’autres pays à tenir publiquement la Chine comme responsable des décès liés au coronavirus, et ce même lorsque l’origine exacte de la pandémie ne pourrait être déterminée. » Hélas, comme nous l’avons déjà documenté, le Parti Communiste Chinois fait preuve d’une telle opacité sur cette question que l’établissement d’une vérité universellement accepté est peu probable. Par ailleurs, nous avons souligné il y a trois semaines que toute fuite accidentelle d’un coronavirus depuis l’Institut de Virologie de Wuhan éclabousserait aussi le gouvernement des États-Unis. En effet, ce dernier cofinança ces recherches, et n’a pas réagi lorsqu’il fut alerté des graves problèmes de biosécurité observés dans cet établissement début 2018 – des failles qui induisaient même des risques de pandémie, selon les experts du Département d’État.

 

Hier, notre argument fut confirmé par l’ancien directeur adjoint de la CIA Michael Morell. Comme l’a rapporté l’Associated Press, « les États-Unis accordaient un financement au laboratoire de Wuhan pour ses recherches sur les coronavirus, a déclaré jeudi Michael Morell (…) Selon lui, les câbles du Département d’État indiquent que, chez les responsables américains, il y a eu des inquiétudes concernant les protocoles de sécurité dans ce laboratoire. Si le virus s’est échappé d’un labo chinois, cela aurait non seulement un impact négatif sur la Chine mais aussi sur les États-Unis, en ce qu’ils ont financé des recherches dans un laboratoire ayant des problèmes de sécurité, déclara Morell (…) “Par conséquent, si ce virus s’est échappé, nous sommes tous dans le même bateau”, selon Morell. “Ce n’est pas un piège uniquement pour la Chine. C’est un piège pour nous aussi”. » Il ne serait donc pas étonnant qu’outre-Atlantique, les services secrets partagent ces craintes. Dans tous les cas, la preuve d’une potentielle fuite de labo pourrait avoir de telles conséquences internationales qu’il est peu probable que le Renseignement américain valide un jour cette hypothèse. À l’instar du cabinet Trump, la Chine n’a pas hésité à accuser sans preuve ses rivaux américains d’être à l’origine de cette pandémie. Au vu des déclarations récentes du Président américain, il est évident que cette guerre de l’information va se poursuive, et qu’elle pourrait laisser des traces. 

 

Maxime Chaix 

 

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One Response to “ Le Renseignement américain s’oppose à l’équipe Trump sur les origines du coronavirus ”

  1. Cher Maxime,
    Vous enquêtez sur le DeepState, et vous semblez ignorez tout de la guerre que le Président Trump mène contre le DeepState. C’est quand même troublant…
    Les médias mentent comme des arracheurs de dents sur la gestion de Trump; l’OMS s’est décrédibilisé; derrière les accusations contre la Chine, Trump vise le financement à ce même Labo par Obama, et NIH du Dr Faucy, et naturellement, la fondation Bill Gates, désormais premier financeur de l’OMS (depuis que Trump a retiré son financement, et a mis l’organisation sous enquête), la fondation Gates impose via son poids dans l’OMS une campagne de vaccination obligatoire mondiale, approuvée par l’Europe, la France, etc…, dont elle produira les vaccins dans des usines en cours de constructions. Mais à cette campagne mondiale de vaccination, presque seule les USA (grâce à Trump) ne participeront pas.
    Par ailleurs, les services de renseignements sont sous enquête par Trump (regardez ce qui se passe ces jours-ci avec le FBI et le Général Michael Flynn)… Julian Assange rend publique à nouveau tous ces élements (mails d’Hillary…).
    Les mails de l’OMS, de la fondation Bill Gates, du laboratoire NIH (du Dr Faucy), vienent d’être piratés et les codes d’accès ont également été rendus publics… Il y a une petition sur le site de la maison blanche qui appelle à juger Bill Gates pour crime contre l’humanité, et qui a recueilli plus d’1 millions de signatures en 15 jours (il en faut 100000 en trentes jours pour les representants soient obligés de l’examiner), le compte instagram de Bill Gates est noyé sous les messages d’insulte, et d’appel à l’arrestation.
    C’est l’effet de Q Anon, le site mystérieux et militaire, qui diffuse des informations codées, pour fabriquer des citoyens journalistes, face aux medias corrompus : savez vous que Bill Gates est associé à Gilead dans plusieurs programmes (UNITAID, etc…), et que Gilead détient des participations… dans BFM TV ?
    Voici en tous cas plein de pistes (en vrac, j’en suis désolé) sur votre grand thème de l’Etat profond.
    Bonne continuation !

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