Utilité du confinement massif : ces experts qui doutent

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Un récent rapport de l’École des Hautes Études de la Santé Publique a proclamé qu’en France, le confinement massif de la population aurait épargné 60 000 vies. Sans surprise, le Premier Ministre Édouard Philippe l’a cité comme étant la preuve de l’utilité d’une politique qui, sur le long terme, pourrait avoir des effets sociaux, sanitaires, économiques et sécuritaires littéralement catastrophiques. En parallèle, les médias qui s’érigent en pourfendeurs des « infox » ont repris cette étude sans aucune distance, contradiction ou nuance. Or, comme nous allons le constater, plusieurs experts remettent en cause les conclusions de ce rapport, estimant qu’il cautionne un confinement qui – à défaut d’avoir été ciblé et proportionné –, aura des conséquences bien plus graves que le Covid-19. Décryptage.  

 

La France actuellement : 11 millions de personnes en chômage partiel. Pays de la zone euro le plus touché par la récession au premier trimestre. Tensions croissantes dans les banlieues. Augmentation alarmante des violences intrafamiliales, dont les enfants sont les premières victimes. Flambée préoccupante des troubles psychiques. Vague de faillites et hausse drastique du chômage en perspective. Risque d’explosion sociale, et pas seulement dans notre pays. Soyons lucides : les effets de ce confinement strict seront catastrophiques, et pourraient faire passer la crise des Gilets Jaunes pour un non-événement. Face à ce véritable tsunami, le gouvernement cherche à légitimer sa politique de confinement massif, qui fut imposée à défaut d’avoir les moyens de mettre en place des mesures de protection de la population davantage ciblées et proportionnées. Cette décision est d’autant plus scandaleuse qu’elle fut annoncée le lendemain de la tenue d’élections qui appelaient 47,7 millions d’électeurs à se déplacer aux urnes malgré cette pandémie. Or, elle s’explique par le fait que l’actuel locataire de l’Élysée fut saisi d’effroi en consultant les projections mathématiques du chercheur Neil Ferguson, qui annonçait entre 200 000 et 500 000 morts en France si un confinement strict n’était pas imposé.

 

Pourtant, ces modélisations sont hautement contestables. En Suède, un pays dont le gouvernement a fait le choix de l’immunité collective, Ferguson annonçait 70 000 morts si le confinement n’était pas imposé. À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’on en recense 2 769, alors que le taux de mortalité dans ce pays ne cesse de diminuer. Comme l’avait observé le chercheur Jean-François Toussaint à la mi-avril, « on a connu démonstrations plus probantes [que celle de Neil Ferguson]… Mais voilà sur quelles erreurs repose la décision de confiner 3 milliards d’humains. » Plus récemment, le professeur Toussaint a coécrit un article qui met sérieusement en doute les conclusions des chercheurs de l’École des Hautes Études de la Santé Publique (EHESP), qui affirment qu’en France, près de 60 000 vies auraient été sauvées en un mois grâce au confinement massif. 

 

Or, le professeur Toussaint et ses confères précisent d’abord qu’« en l’absence de groupe contrôle ou d’étude randomisée, différentes estimations ont tenté de modéliser ces effets, en attendant, peut-être, après la pandémie, des études comparatives des pays ayant adopté des stratégies différentes. Le cadre éthique et méthodologique d’un groupe contrôle ou d’une étude randomisée est bien entendu impossible à établir à l’échelle des populations (or c’est pourtant le fondement qui établit la validité scientifique des essais thérapeutiques) et fait donc défaut pour déterminer le bénéfice de mesures ayant aussi des effets secondaires importants et durables. » Refusant de céder à la panique et à l’hystérie collective, nous avons déjà souligné à quel point les effets secondaires en question pouvaient être néfastes pour l’ensemble du tissu social. Selon nous, la précipitation dans laquelle ce confinement massif fut imposé au lendemain des élections municipales – ce qui est totalement incohérent –, indique que nos dirigeants ont paniqué. De ce fait, ils n’ont pas véritablement pris en compte le fait que ces mesures extrêmes risquaient d’avoir un impact désastreux sur l’ensemble de la société. Or, les analyses sur lesquelles ils basent leurs décisions – ou grâce auxquelles ils les justifient –, sont loin d’être scientifiquement irréprochables. 

 

En effet, selon le professeur Toussaint et ses confrères, les « études de modélisation, du fait du contexte très particulier de la pandémie et de l’urgence de la situation, ont bousculé la marche normale de toute étude scientifique : réalisation de l’étude, soumission à une revue scientifique à comité de lecture, expertise, publication après une éventuelle révision ou rejet de l’article par la revue. De ce fait, les critiques de ces études suivent la même voie. Dans ce contexte, les auteurs ont publié le 25 avril 2020 dans le quotidien L’Humanité (…) un article réfutant les conclusions d’une récente modélisation de la situation française », soit le rapport de l’EHESP cité par Édouard Philippe pour justifier ce confinement désastreux. 

 

Comme l’a résumé notre confrère Charles-Élie Guzman, « le professeur Toussaint et ses collègues estiment que cet article de l’EHESP pose plusieurs problèmes méthodologiques : les intervalles de confiance autour des courbes modélisées sont importants, ce qui pourrait remettre en cause les modèles eux-mêmes. D’autre part, la courbe diverge des points réels ayant servi à valider le modèle et surestime le nombre d’événements qui auraient pu se produire sans confinement. Enfin, les valeurs du modèle augmentant avec le temps de manière exponentielle, la modélisation amplifie systématiquement les résultats à mesure que le temps passe. En clair, “le modèle surestime notablement les effets positifs du confinement”. » Du pain bénit pour nos dirigeants, ce qui pousse Charles-Élie Guzman à se demander si cette étude n’était pas une commande publique. Cette question devra être creusée, à plus forte raison car l’EHESP est, avec l’ENA et l’INET, « l’une des trois plus grandes écoles françaises de la fonction publique administrative ». 

 

Comme l’a récemment souligné notre camarade Éric Denécé, « je n’ose imaginer la situation dans laquelle nous serions d’ici quelques mois si nous prenions conscience que le confinement n’était pas nécessaire. Alors là, je pense que les réactions de tous ceux qui en ont souffert, notamment économiquement, seraient extrêmement virulentes, et je crois qu’on est peut-être là en train de jouer les prochaines élections présidentielles ». Or, dans une récente étude citée par notre confrère Charles-Élie Guzman, un chercheur franco-américain nommé Thomas Meunier affirme que « les politiques de confinement massif dans les pays d’Europe occidentale n’ont pas eu d’impact évident sur l’épidémie de Covid-19 ». D’après lui, « les données disponibles ne montrent aucun effet des politiques de confinement [massif] appliquées en Italie, en Espagne, en France et au Royaume-Uni dans l’évolution temporelle de l’épidémie de COVID-19. » Il poursuit : « Aucun changement positif n’est remarqué dans la tendance du taux de croissance quotidien des décès, du temps de doublement ou du nombre de reproduction, des semaines après que les politiques de confinement auraient dû avoir montré leurs effets. » 

 

Pour conclure, comme le rappelle utilement Charles-Élie Guzman, « les scientifiques auteurs de cette étude [de l’EHESP] notent que les raisons du déclin relativement régulier de l’épidémie restent largement inconnues. Si les efforts de distanciation sociale peuvent y contribuer, les conditions environnementales pourraient tout aussi bien avoir joué un rôle (saisonnalité possible du virus). En toutes hypothèses, si les mesures de distanciation sociale (gestes barrières, évitement des concentrations de personnes, port du masque, etc.) ont des effets tangibles sur la maîtrise de l’épidémie, en revanche, les mesures de confinement de la population sont clairement mises en cause. Elles sont justifiées sur des fondements erronés et des méthodes controversées ; pourtant, ce sont sur elles que s’appuient des décisions politiques impactant directement la vie de dizaines de millions de personnes. C’est ainsi que conclut Jean-François Toussaint :  “il est sans doute préférable d’éviter d’induire de telles erreurs, surtout si elles altèrent la décision publique.” » Hélas, il sera difficile de le faire comprendre à des dirigeants terrorisés par leur potentiel avenir judiciaire, qui cherchent donc à garantir leur immunité vis-à-vis de leur gestion catastrophique de cette crise.

 

Maxime Chaix 

 

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