Maxime Chaix : « Pourquoi j’arrête le journalisme »

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Précisons-le d’emblée : volontairement provoquant, le titre de cette tribune n’indique en aucun cas l’intention de notre fondateur de stopper sa carrière dans le journalisme. Bien au contraire, depuis cinq années, ses tentatives infructueuses d’intégrer les rédactions francophones l’ont conduit à lancer Deep-News.media il y a tout juste six mois. Au vu des retours particulièrement positifs de notre lectorat, et de la diffusion massive de certaines de nos analyses, cette aventure doit se poursuivre. Néanmoins, les remerciements, les compliments et les encouragements de nombreux lecteurs de nos articles gratuits ne suffiront pas à développer et à pérenniser notre média. Ayant fait le choix de l’indépendance totale, nous avons besoin d’un nombre suffisant d’abonnés pour nous imposer sur la durée, et enrichir sans cesse notre contenu éditorial. À l’heure où les journalistes sont peu à peu remplacés par l’« intelligence artificielle », et que les dossiers les plus sensibles sont tabou dans un nombre croissant de rédactions, votre soutien est plus que jamais indispensable. Dans cette tribune, Maxime Chaix nous en détaille les raisons.

 

« Excellente analyse » ; « Un article d’utilité publique » ; « Cette analyse de Maxime Chaix est tout à fait remarquable : fondée, complexe, nuancée, constructive. Un modèle du genre » ; « Enfin un article qui contribue à élever un minimum le débat »… Voici un échantillon des commentaires positifs que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux concernant ma dernière analyse. Je ne peux qu’en remercier mes lecteurs, de même que les deux centaines de personnes qui l’ont diffusée sur Facebook en quelques heures. Publiée le jour même du lancement de Deep-News.media, il y a tout juste six mois, mon interview de l’ancien numéro 2 de la DGSE Alain Juillet avait été partagée plus de 600 fois sur ce réseau social, et le post LinkedIn à travers lequel je l’avais diffusée avait même dépassé les 20 000 vues. Une quinzaine de jours plus tard, mon entretien avec l’ex-officier de la DGSE Alain Chouet fut partagé à plus de 1 100 reprises sur Facebook, alors que mon site venait d’être lancé. Depuis, j’ai constaté les mêmes succès d’audience pour mes analyses les plus appréciées, du moins sur Facebook : plus de 1 500 partages d’un édito d’avril dénonçant les abus de la finance dans le contexte pandémique, plus de 1 700 partages d’un article sur le déclin démocratique et la banalisation de la violence d’État en France, et plusieurs centaines de partages pour un certain nombre d’analyses couvrant différents thèmes (le fiasco des modélisations de Neil Ferguson, les dangers des manipulations virologiques, l’hypocrisie de l’État français dans la guerre au Yémen, etc.). À notre grande satisfaction, ces articles ont suscité d’innombrables commentaires positifs de la part de nos lecteurs. 

 

L’autre point commun entre ces analyses est qu’elles ont toutes été publiées en accès gratuit, sachant que les informations qu’elles contiennent me semblaient être d’intérêt public. Au vu des dizaines de milliers de lecteurs qu’elles ont attirés, je pense avoir eu la bonne intuition. Logiquement, le nombre de partages de mes analyses en accès payant fut systématiquement moindre, ce qui n’est pas surprenant. Hélas, je ne compte plus les internautes déplorant le fait que tel ou tel article ne soit pas en accès libre. Manifestement, ils oublient le fait que le journalisme est un métier à part entière, et qu’il est donc impossible d’en vivre si l’on exerce bénévolement. Dans tous les cas, après avoir ecrit une centaine d’articles depuis le lancement de Deep-News.media, j’attire l’attention de nos lecteurs sur le fait que la production de telles analyses nécessite un travail long et fastidieux, notamment en termes de vérification factuelle, de recoupement des sources, de réflexions constantes, de recherches approfondies, d’enquêtes coûteuses et de lectures abondantes. D’ailleurs, je prends soin de sourcer minutieusement mes analyses, ce qui a comme triple vertu de limiter les possibilités d’erreur, de permettre à mes lecteurs de découvrir les articles cités en référence, et de prouver que mes écrits sont rigoureusement documentés. Dans les différentes recommandations de mon livre, La guerre de l’ombre en Syrie, plusieurs journalistes, experts et anciens officiers du Renseignement français ont d’ailleurs salué la pertinence et l’abondance des sources qui appuient mes arguments. 

 

Or, j’estime que trop de confrères se dispensent d’effectuer ce travail, et se contentent d’affirmations péremptoires et conformistes – souvent appuyées par des experts qui utilisent leurs titres universitaires ou leur réputation pour dissimuler le fait qu’ils manipulent l’opinion publique. En effet, je suis outré par le nombre de journalistes et de spécialistes qui prétendent informer la population tout en masquant le fait qu’ils sont rémunérés par des puissances étrangères ou des firmes privées pour faire de l’influence. Ce phénomène se traduit notamment par une guerre de l’information grotesque entre des confrères et des experts stipendiés par deux pétromonarchies rivales. Je peux d’ailleurs en témoigner, ayant refusé d’écrire un ouvrage pour défendre l’une de ces dictatures du Golfe moyennant plusieurs dizaines de milliers d’euros. Je ne le regrette pas, puisque je considère que le journalisme doit être au service des citoyens avant toute autre considération. Peut-être idéaliste, cette conviction m’a guidé vers un choix simple : créer un média uniquement financé par ses lecteurs.

 

Ce pari peut sembler audacieux, d’autant plus que je me suis fixé comme règle d’or de ne traiter que de sujets sensibles et méconnus du grand public, mais d’une importance capitale pour comprendre le monde qui nous entoure : opérations clandestines, guerres de changement de régime, durcissement sécuritaire, déclin démocratique, criminalité financière, soutiens étatiques au djihad, et bien d’autres sujets brûlants. De fait, en enquêtant sur des dossiers aussi délicats, je m’attire des ennemis bien plus influents que je ne le suis car – contrairement à votre serviteur –, ils ont un accès illimité aux médias afin de désinformer la population. Sachant que leurs alliés politiques nous imposent des dispositifs de surveillance de masse indignes de nos démocraties, et qu’ils multiplient les guerres par procuration afin de les dissimuler au grand public – comme on a récemment pu l’observer en Syrie –, je ne peux abandonner le journalisme au vu de l’importance de ces enjeux.

 

Or, comme expliqué précédemment, le projet Deep-News.media nécessite beaucoup de travail, de moyens et de motivation – et ce dans un contexte d’orwellisation médiatique croissante. Il y a trois ans, après avoir demandé de l’aide à un confrère pour trouver un média qui accepterait de publier l’une de mes piges sur la Syrie, il m’offrit une réponse qui – paradoxalement –, ne fit que renforcer ma détermination : « Maxime, je ne sais pas si je vais pouvoir vous aider. [En effet,] les sujets renseignement que je faisais (…) sont trop “casse-gueule” lorsque l’on est pas rattaché à un staff ou une rédaction de manière permanente. On prend beaucoup de coups, pour beaucoup de risques et peu d’argent. En clair, j’ai arrêté de traiter ces sujets car je suis un peu fatigué de vouloir “sauver” le monde pour des clopinettes. » Depuis, le contexte s’est encore dégradé pour les journalistes, à l’ère du secret des affaires, de la persécution de Julian Assange, des convocations de confrères à la DGSI, et de l’omerta médiatique sur un grand nombre de sujets importants.

 

Malgré tout, je suis plus que jamais déterminé à poursuivre mes enquêtes et mes analyses sur les dossiers les plus sensibles et tabou. En effet, depuis cinq ans, d’innombrables lecteurs, confrères et soutiens m’ont affirmé que mon travail est d’utilité publique. Si vous partagez cette conviction, et que vous souhaitez soutenir mes efforts, je vous encourage simplement à vous abonner à Deep-News.media, en précisant que le premier mois d’adhésion est gratuit, et que nos abonnements sont sans engagement. Chères lectrices, chers lecteurs, je compte sur vous pour m’aider à développer et à pérenniser mon site car, en l’absence d’un nombre suffisant d’abonnements dans les prochains mois, je crains que le titre de cette tribune ne devienne une réalité.

 

Informativement votre,

 

Maxime Chaix

 

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