La présidence Macron, ou la tyrannie de l’inconséquence

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Depuis janvier dernier, les réponses gouvernementales face à la pandémie de coronavirus peuvent être résumées en un mot : l’inconséquence. Mesures trop légères ou trop sévères, revirements inexplicables et injonctions paradoxales nous sont continuellement imposés par un Exécutif autiste et autoritaire. Comme nous allons l’observer, cette inconséquence s’est traduite par une communication à la fois anxiogène face un virus bien moins létal qu’au printemps, et trompeusement rassurante sur nos capacités hospitalières à gérer la recrudescence automnale de cette pandémie. En effet, l’impossibilité de mettre en place les 12 000 lits de réanimation garantis par Olivier Véran en août dernier engendre l’adoption de nouvelles mesures coercitives qui auront un impact catastrophique sur notre économie nationale, notamment dans le secteur du tourisme. Plus que jamais, un sursaut populaire doit s’imposer face à ce que nous percevons comme une véritable tyrannie de l’inconséquence, qui laissera des blessures profondes dans notre société. 

 

Crise des Gilets Jaunes, coronavirus : les révélateurs d’une tyrannie de l’inconséquence

 

« Nous avons insuffisamment expliqué ce que nous faisons. Et une deuxième erreur a été faite : le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d’achat. » Prononcées un mois après le déclenchement de la crise des Gilets Jaunes, ces deux phrases de Gilles Le Gendre trahissaient l’essence du « macronisme » : mener des politiques d’une inconséquence totale en estimant que les Français sont à la fois des imbéciles et des enfants, nécessairement incapables de comprendre ces mesures. Dans le Larousse, l’inconséquence est définie comme un « manque de logique, de cohérence », sachant que nos dirigeants imaginaient que leurs administrés accepteraient une hausse des taxes sur les carburants dans le sillage de la suppression controversée de l’ISF. 

 

Cette taxe carbone a engendré un mouvement de révolte qui s’est brusquement endurci lorsque le gouvernement rechignait à l’abandonner, visiblement incapable de comprendre à quel point ses réformes fiscales étaient perçues comme injustes par une grande majorité de la population. Finalement, les violences urbaines du 1er décembre 2018 pousseront nos autorités à décréter un moratoire de 6 mois, puis une suppression de la taxe carbone pour l’année 2019. Il n’en demeure pas moins que cette révolte a persisté, et que l’attitude d’Emmanuel Macron durant cette séquence a encouragé l’escalade des tensions. Dans le Larousse, l’inconséquence est également définie comme une « action, parole, idée illogique ou irréfléchie, imprudente ». Connu pour ses petites phrases méprisantes, le Président continuera de provoquer verbalement les Gilets Jaunes, tout en instrumentalisant « des lois contraires au droit international pour verbaliser, arrêter arbitrairement et poursuivre en justice des [milliers de] gens qui n’avaient commis aucune violence », selon Amnesty International. 

 

Une perception encore plus flagrante de cette inconséquence découle de la gestion chaotique de la pandémie de coronavirus par notre Exécutif. Depuis mars dernier, nous sommes soumis aux décisions d’un pouvoir qui, juste avant de confiner les Français en les accusant d’être indisciplinés, appelait 47,7 millions d’électeurs à se rendre aux urnes. Cette injonction paradoxale est sidérante. Dans cette période de pic épidémique, les masques étaient décrits comme inutiles par nos autorités, l’on ne testait que les cas sévères de la maladie, et notre Président nous avait encouragés à ne pas changer nos habitudes une dizaine de jours avant le confinement. Ce dernier ayant estimé qu’il fallait « laisser les gens vivre » il y a tout juste un mois, le manque de place dans les hôpitaux le pousse finalement à imposer un couvre-feu drastique, qui achèvera des milliers d’entreprises alors que son utilité n’est pas avérée scientifiquement.

 

La gestion erratique, anxiogène et contradictoire de cette pandémie par les pouvoirs publics nous donne la désagréable impression que le « navire » France est maladroitement précipité vers un iceberg par une élite politique sure de ses compétences, mais dont les actes nous donnent le sentiment contraire. Il en découle des mesures totalement arbitraires, qui pénalisent dangereusement le secteur du tourisme, de l’hôtellerie-restauration et de la culture, et qui sont explicitement justifiées par une possible saturation de notre système hospitalier. Or, le ministre de la Santé Olivier Véran avait annoncé, le 27 août dernier, que « si la situation le nécessite, 12 000 lits de réanimation pourront être disponibles. » Un mois et demi après cette déclaration rassurante, Emmanuel Macron nous explique qu’il n’existe pas de « lits cachés en réserve », et qu’il doit donc imposer un couvre-feu nocturne à près de 20 millions de Français.

 

Là encore, le décalage entre la parole gouvernementale et ses actes est vertigineux, ce qui ne peut que renforcer notre perception d’un Exécutif imposant des mesures autoritaires pour masquer son manque de préparation à l’actuelle recrudescence des hospitalisations engendrée par le coronavirus. Comme l’a résumé le président de l’Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, « on paralyse le pays parce qu’il manque de la place dans les hôpitaux », estimant qu’Emmanuel Macron n’a pas pris « la mesure de la crise hospitalière ». Dès lors, comment pouvons-nous avoir confiance en un gouvernement qui ne cesse d’employer une communication anxiogène, mais qui n’a pas été capable de joindre les actes à la parole ? Comme l’a récemment souligné le médecin urgentiste Yonathan Freund, la tension extrême que doivent affronter les hôpitaux français est dénoncée par les personnels soignants depuis plus de vingt ans. Or, « le projet de LFSS du gouvernement prévoit 900 millions d’euros d’économies dans les hôpitaux en 2021 », comme l’ont rapporté nos confrères de Marianne. Comment peut-on supporter une telle inconséquence ?

 

La justice d’exception et l’irresponsabilité de nos dirigeants

 

En septembre dernier, Édouard Philippe a filé la métaphore maritime pour nous expliquer que nous étions tous dans le même bateau, et que la « tempête économique, sanitaire et sociale » que nous allions subir serait d’une puissance exceptionnelle. Or, l’ancien Premier Ministre et actuel maire du Havre a fait cette déclaration au lendemain de l’annonce de son recrutement au conseil d’administration d’Atos, une nomination qui lui permettra d’engranger entre 40 et 50 000 euros chaque année à partir de 2021. À la fin de son mandat de Premier Ministre, il a perçu pendant trois mois des indemnités d’un total de 45 600 euros brut, puis il sera rémunéré mensuellement à hauteur de 8 400 euros brut en tant que maire et président de la communauté urbaine du Havre. En d’autres termes, Édouard Philippe annonce aux Français qu’ils devront affronter une véritable tempête, si ce n’est un naufrage. Or, il disposera d’un confortable canot de sauvetage financier, contrairement aux dizaines de milliers d’entrepreneurs et aux centaines de milliers de chômeurs qui couleront probablement en 2021. 

 

Certes, il vient de faire l’objet d’une perquisition à son domicile concernant la gestion de cette pandémie, sous le seul chef « d’abstention de combattre un sinistre ». Or, depuis 2012, l’Exécutif est notoirement hostile à une Cour de Justice de la République qui, depuis sa création en 1993, n’a jugé que sept affaires et n’a jamais condamné un seul ministre à de la prison ferme. En d’autres termes, cette juridiction d’exception ménage le pouvoir exécutif et, si elle n’est pas supprimée dans les prochaines années, il est peu probable qu’elle fasse preuve d’une quelconque sévérité vis-à-vis de la gestion désastreuse de cette pandémie. Dit autrement, cette justice d’exception conduit à une forme d’irresponsabilité de fait en faveur de nos anciens ministres, ce qui encourage leur inconséquence. L’immunité pénale du Président de la République aggrave cette tendance, et tend à expliquer pourquoi Emmanuel Macron multiplie les mesures autoritaires, tout en dénigrant ouvertement la population qu’il gouverne.

 

En clair, la violente répression du mouvement des Gilets Jaunes et la gestion erratique de l’actuelle pandémie montrent que l’Exécutif est en roue libre, adoptant des décisions antidémocratiques qui ne parviennent plus à masquer le décalage entre ses discours rassurants et les politiques inadaptées qu’il met en œuvre dans l’improvisation et l’absence totale de contre-pouvoirs. Il en résulte un régime de gouvernance par la peur, dénoncé en septembre dernier par 35 scientifiques chez nos confrères du Parisien. Dans cette tribune, ils estimaient que, « si la guerre peut parfois justifier un état d’urgence et des restrictions exceptionnelles de l’État de droit et des libertés publiques qui fondent la démocratie et la République, ce n’est pas le cas d’une épidémie. Aujourd’hui comme hier, cette crise doit nous unir et nous responsabiliser, pas nous diviser ni nous soumettre. (…) Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l’éducation citoyenne avec l’infantilisation ». 

 

Soulignant que « le confinement général, mesure inédite dans notre histoire, a eu des conséquences individuelles, économiques et sociales parfois terribles qui sont loin de s’être encore toutes manifestées et d’avoir été toutes évaluées », ces scientifiques observent que « ces mesures générales et uniformes, imposées sous surveillance policière, relèvent davantage d’une volonté d’afficher une posture protectrice que d’une stratégie sanitaire précise. D’où leur grande volatilité depuis six mois », et le sentiment d’inconséquence tyrannique que nous venons de décrire. Alors que la légitimité du chef de l’État et de son Premier Ministre sont particulièrement affaiblies, à en juger par les derniers sondages, le couvre-feu imposé pour masquer leur impréparation face à la recrudescence de cette pandémie    nous indique qu’ils préfèrent sacrifier notre avenir avec des mesures autoritaires plutôt que de remettre en cause la doctrine qui a mis notre système de santé à genoux depuis une vingtaine d’années. Favorisée par la justice d’exception qui les protège, cette inconséquence est coupable, et il n’est pas certain que la population française ne la tolère éternellement.

 

Maxime Chaix

 

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