EXCLUSIF : En 2002, le clash entre les Européens et les néocons américains à la réunion Bilderberg

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En naviguant sur Cryptome.org, nous avons trouvé par hasard de nombreux comptes-rendus de réunions du groupe de Bilderberg, que d’aucuns soupçonnent d’être un gouvernement mondial occulte, et que d’autres décrivent comme un espace de dialogue transatlantique où la confidentialité des échanges assure la franchise des discussions. Cette dernière description est confortée par une lecture approfondie de ces rapports secrets, qui synthétisent les rencontres annuelles de cette organisation. Comme nous allons le constater, la réunion de 2002 à Chantilly est particulièrement instructive. En effet, son compte-rendu souligne de profonds désaccords entre les intervenants européens et deux hauts responsables du cabinet Bush – le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et le stratège du Pentagone Richard Perle, qui est l’un des chefs de file des néoconservateurs. Loin de prouver que le Bilderberg dirige le monde, ce document reflète au contraire la profondeur des divisions au sein du bloc occidental dans le contexte de la malnommée « guerre contre la terreur ». Il met également en lumière les piètres tentatives d’intoxication du cabinet Bush face à des partenaires européens loin d’être convaincus par ses arguments. Plongée exclusive dans une réunion houleuse du groupe de Bilderberg.  

 

Du 30 mai au 2 juin 2002, la conférence annuelle du groupe de Bilderberg fut organisée aux États-Unis, à l’hôtel Westfields Marriott de la ville de Chantilly, en Virginie. Comme le compte-rendu confidentiel de cette rencontre le précise en préambule, elle a regroupé « 115 participants venus de 20 pays. [Ils] représentaient les secteurs du gouvernement, de la diplomatie, de la politique, des affaires, du Droit, de l’éducation, du journalisme et des instituts spécialisés dans les études nationales et internationales. Tous les participants se sont exprimés à titre personnel, pas en tant que représentants de leurs gouvernements nationaux ou employeurs. Comme d’habitude lors des réunions [du groupe de] Bilderberg, afin de permettre une discussion franche et ouverte, il n’y a pas eu de couverture médiatique [des débats tenus pendant] cette conférence. »

 

À l’ère de l’Internet, cette absence de transparence a suscité des suspicions croissantes vis-à-vis de cette organisation. L’essor de théories contestables sur sa nature et ses objectifs a finalement contraint les médias occidentaux à évoquer ses rencontres annuelles, mais sans préciser le contenu de ses discussions. En effet, la confidentialité de ces échanges demeure une règle intangible, et ce depuis la première réunion du groupe de Bilderberg à l’hôtel du même nom, qui fut organisée en 1954 dans le village hollandais d’Oosterbeek. Le préambule du compte-rendu de cette première rencontre explique que « la Conférence de Bilderberg a été préparée par un groupe d’hommes de bonne volonté provenant de douze pays d’Europe occidentale et des États-Unis d’Amérique. Son objectif général était d’étudier les relations entre l’Amérique et l’Europe occidentale afin de jeter les bases d’une meilleure compréhension mutuelle entre Européens et Américains sur des problèmes d’intérêt commun, et ce au moyen d’un échange de vues libre et sincère. »

 

Ainsi, ce premier compte-rendu précise d’emblée qu’« afin de permettre aux intervenants de s’exprimer librement, la Conférence était privée, ni le public ni la presse n’y étant admis, et les participants ont résidé ensemble dans des hôtels de campagne près d’Arnhem. Les frais de la Conférence ont été couverts par des souscriptions privées issues d’Europe, principalement des Pays-Bas. Chaque participant, quelle que soit sa position dans la vie publique – ministre, chef de parti, responsable associatif –, y assistait à titre personnel ; ses discours, déclarations, etc., n’engageaient que sa propre responsabilité. » On retrouve ces mêmes principes dans le préambule du compte-rendu de la réunion de 2002 à Chantilly, ce livret étant « distribué uniquement aux participants de cette conférence, à ceux des précédentes et aux potentiels invités des futures rencontres. Il constitue un résumé des propos liminaires de chaque orateur, et des commentaires et interventions des participants dans les discussions ultérieures. »

 

Parmi les questions traitées en 2002, on peut noter « La nature changeante de l’UE au sein de l’alliance occidentale », « Le Moyen-Orient », « Les affaires courantes », « La reconstruction post-crise/La réédification nationale », ou encore « Les conséquences de la guerre contre le terrorisme ». Premier sujet abordé, cette discussion nous semble être la plus importante de cette rencontre. En effet, elle est riche en enseignements sur l’extrême division du bloc occidental face à la politique étrangère unilatéraliste des États-Unis à partir du 11-Septembre. Elle nous montre aussi que, malgré le caractère secret de cette rencontre et le haut niveau d’information de ses participants, les représentants de l’administration Bush n’ont pas hésité à répéter devant leurs partenaires européens les mêmes mensonges qu’ils tentaient d’imposer au grand public.  

 

La charge de Dominique Moïsi contre le militarisme de l’administration Bush 

 

Si le préambule de ce compte-rendu souligne que « tous les participants se sont exprimés à titre personnel, pas en tant que représentants de leurs gouvernements nationaux ou employeurs », cette affirmation est erronée concernant l’intervention de Richard Perle – alors l’un des principaux stratèges du Pentagone –, et celle de Donald Rumsfeld, qui fut interrogé sur les « affaires courantes ». Avant d’étudier les arguments du secrétaire à la Défense de George W. Bush, nous devons analyser la virulente passe d’armes entre Richard Perle et le Français Dominique Moïsi, qui était alors vice-directeur de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Tel que résumé dans le rapport confidentiel de cette réunion, « le modérateur [de ce débat Victor Halberstadt] a commencé par souligner l’impact de la guerre contre le terrorisme sur l’alliance transatlantique. Cette discussion reflétait pertinemment les divisions actuelles, avec les participants [de l’administration Bush] mettant l’accent sur l’aspect militaire de cette guerre et sur la nécessité d’éradiquer le terrorisme, et les orateurs européens préférant se concentrer sur les causes profondes du terrorisme et la mise en garde contre la simplification excessive [de ces enjeux]. La question de l’Irak semblait cristalliser ces divergences de vues. »

 

Premier orateur de cette conférence, le chercheur Dominique Moïsi s’adressa à Richard Perle, donc à l’administration Bush et à Donald Rumsfeld, en des termes très directs et critiques vis-à-vis de la manière dont le gouvernement des États-Unis répondait au 11-Septembre. Il démarra son intervention en soulignant que « l’Europe et les États-Unis se battent contre le même ennemi au nom des mêmes valeurs. Mais leurs valeurs communes – et leur vulnérabilité partagée –, n’empêchent pas d’importantes différences. L’Amérique est en guerre. L’Europe ne l’est pas. Cette dernière a de longs antécédents en matière de lutte contre le terrorisme de faible intensité. Alors qu’elle est au pic de sa puissance, l’Amérique découvre tardivement sa vulnérabilité face au terrorisme. » Rappelant que l’Empire romain réussissait à maintenir « les barbares » à ses portes, il estimait qu’ils venaient de frapper les États-Unis en plein cœur.

 

Déplorant la brutalité et le simplisme de la réponse de Washington au 11-Septembre, il critiqua le fait que « l‘Amérique met l’accent sur la sécurité militaire, tandis que l’Europe met l’accent sur la nécessité de compléter [cet impératif sécuritaire] par une approche politique. Il y a un risque que la puissance croissante de l’Amérique ne puisse pas s’adapter à la complexité croissante du monde », expliquant que ce pays « ne peut pas faire cavalier seul. Il a besoin de l’aide de l’Europe dans le domaine de la collecte du renseignement. » S’adressant à Perle et à Rumsfeld, il affirma qu’« il ne fait aucun doute que le monde serait un endroit plus sûr sans Saddam Hussein. Mais êtes vous en mesure de vous débarrasser de lui élégamment et rapidement ? La région peut devenir encore plus dangereuse après une guerre contre l’Irak », une analyse hélas prophétique, mais qui ne fut pas entendue par l’administration Bush. Concluant son réquisitoire, Dominique Moïsi souligna que « les Européens diffèrent de l’Amérique sur la question de l’Iran, (…) de même que sur le sujet émotionnel d’Israël. Ils sont également en désaccord sur la nature de la guerre contre le terrorisme. Un monde stable est aussi un monde juste. Les terroristes sont armés d’idées. Vous ne pouvez pas les combattre uniquement par la force. » Malheureusement, l’avenir lui donnera raison. 

 

La réponse de Perle à Moïsi et aux Européens : une grossière tentative d’intoxication

 

Avant d’analyser la réplique de Richard Perle à la charge de Dominique Moïsi, il est indispensable de revenir sur le parcours de cet homme et de ses alliés à Washington. Entre 1969 et 1980, il fut l’assistant parlementaire du Sénateur démocrate Henry Jackson, à qui l’on attribue la paternité du néoconservatisme, caractérisé par un antisoviétisme farouche et un fort tropisme pro-israélien. Dans ce cadre, Perle rencontra et collabora tout au long des années 1970 avec Paul Wolfowitz, un autre illustre néoconservateur qui, à l’époque de cette réunion du Bilderberg à Chantilly, était le secrétaire adjoint à la Défense de Donald Rumsfeld. Avec ce dernier et le Vice-président Dick Cheney, ils constituèrent le trio qui pilota la politique étrangère militariste de l’administration Bush, réarmant les États-Unis sous l’égide de leur protecteur Andrew « Yoda » Marshall.

 

En tant qu’instigateur du concept de « révolution dans les affaires militaires américaines » (RMA), qui fut mis en application suite au 11-Septembre, le stratège Andrew Marshall put imposer une remilitarisation de la politique étrangère de Washington après une décennie de rapprochement des États-Unis avec la Chine et la Russie. Or, la RMA était l’objectif central du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC), qui publia en septembre 2000 son méconnu mais important programme intitulé Reconstruire les Défenses de l’Amérique. À partir du 11-Septembre, ce document servit de feuille de route stratégique à Donald Rumsfeld, Dick Cheney, Richard Perle et leurs alliés néoconservateurs. Nommés par Cheney lui-même au sein de l’administration Bush, ces derniers étaient majoritairement des signataires de ce plan du PNAC, dont les préconisations furent résumées par nos confrères de Theatrum-Belli.com.

 

Parmi les objectifs du PNAC, la guerre d’Irak était considérée comme prioritaire depuis 1998, bien que Saddam Hussein n’avait pas de liens avec al-Qaïda, qu’il ne développait aucune arme de destruction massive, et qu’il n’était donc pas en mesure de transmettre de tels armements à des groupes terroristes – contrairement à ce qu’avançaient Richard Perle et ses collègues. Face au scepticisme de la communauté américaine du Renseignement vis-à-vis de ces allégations, les néoconservateurs de l’administration Bush décidèrent de créer une officine au sein-même du Pentagone. Nommé l’Office of Special Plans, cet organe fut chargé par Wolfowitz, Perle et leurs complices de produire de faux renseignements pour justifier la guerre en Irak. Le 23 juillet 2002, lors d’une réunion ministérielle secrète, le directeur du MI6 britannique Richard Dearlove reconnut que « [George W.] Bush souhaitait renverser Saddam Hussein par une action militaire, justifiée par la conjonction entre le terrorisme et les [armes de destruction massive]. Mais les renseignements et les faits étaient truqués pour justifier cette politique. »

 

Deux mois plus tôt, durant la réunion du Bilderberg à Chantilly, Richard Perle présenta ces faux renseignements comme des faits avérés face à ses partenaires européens. Répondant à l’interpellation de Dominique Moïsi, il affirma que « l‘Amérique et l’Europe sont sans aucun doute engagés une bataille commune. Mais ils abordent cette bataille commune très différemment. Dans le sillage du 11-Septembre, l’administration Bush a décidé de ne pas faire de distinction entre les terroristes et les pays qui abritent des terroristes », visant implicitement Saddam Hussein. Déplorant les réticences européennes à s’engager en Irak, Perle ajouta que « les États-Unis, contrairement à la plupart de leurs alliés, ont la capacité de porter leur guerre contre le terrorisme là où se trouvent les terroristes, et nous pourrions être contraints de faire cavalier seul en exerçant cette capacité. Ce sera beaucoup plus rapide si nous le faisons tous ensemble », insinuant à nouveau que l’Irak protégeait al-Qaïda sur son territoire.

 

La suite de sa réponse à Dominique Moïsi est encore plus contestable. D’après Perle, « Saddam (…) possède des armes chimiques. Il travaille fébrilement pour que [son pays] devienne une puissance nucléaire. Ses liens avec les organisations terroristes nous obligent à envisager la possibilité qu’il distribue ces armements aux terroristes. Pouvons-nous attendre que cela se produise ? Les États-Unis n’ont pas d’autre choix que de s’occuper de Saddam : le droit à l’autodéfense doit inclure le droit à une action préventive. » À l’époque, Richard Perle et ses collègues néoconservateurs défendaient en effet la doctrine de la « guerre préemptive », une notion extrêmement dangereuse puisque les États-Unis s’arrogeaient ainsi le droit d’attaquer préventivement tout pays, individu ou organisation qu’ils désignaient comme une menace pour leur sécurité nationale. Comme nous l’avons signalé, l’administration Bush a clairement manipulé les renseignements pour justifier son invasion préventive en Irak. Ce faisant, elle ouvrait une boîte de Pandore difficile à refermer, comme on a pu le constater avec la désastreuse campagne libyenne de l’OTAN en 2011, décrite comme une « réhabilitation de la guerre préventive » par Rony Brauman.

 

Propagande néoconservatrice à Bilderberg : quand Rumsfeld enfonce le clou

 

Dans l’allocution de Richard Perle, il est frappant de constater qu’il s’adressait à ses partenaires européens comme s’ils ignoraient le caractère fallacieux des justifications américaines pour attaquer l’Irak. Sachant que cette conférence est à huis clos, et qu’elle regroupe des personnalités bien informées, l’on pouvait s’attendre à davantage de franchise de sa part. En effet, il aurait pu admettre les objectifs réels du cabinet Bush dans son projet de renverser Saddam Hussein, même implicitement. Au contraire, il a cherché à intoxiquer son audience du Bilderberg comme s’il s’adressait à l’opinion publique, assénant les mêmes fausses informations que ses collègues et lui-même répandaient alors dans les médias internationaux. Durant ce même évènement, sa campagne d’influence en faveur de la guerre d’Irak fut subtilement complétée par Donald Rumsfeld, qui était lui aussi visé par les critiques de Dominique Moïsi et d’autres participants européens dénonçant le militarisme du cabinet Bush. En effet, si l’intervention de Rumsfeld sur les « affaires courantes » fut moins conflictuelle que le débat avec Perle, il tenta d’effrayer ses partenaires européens sur la question du terrorisme.

 

Soulignons-le : lorsque l’on dirige le Pentagone, le puissant appareil de renseignement dont on dispose est censé nous offrir un degré d’information exceptionnel. Fort de cette position, Rumsfeld affirma que « la prolifération des armes de destruction massive est omniprésente ». Faisant implicitement référence à l’Irak, dont il voulait changer le régime depuis 1998, le secrétaire à la Défense de George W. Bush affirma que les « pays qui possèdent ces armes aident d’autres pays et des terroristes à les acquérir. Il n’est pas seulement probable que ces organisations terroristes et ces pays vont acquérir ces armes. C’est une certitude. Deuxièmement, les gens qui font voler des avions dans le World Trade Center sont prêts à utiliser des armes de destruction massive s’ils peuvent s’en emparer, ne tuant pas trois mille, mais des dizaines de milliers de personnes. Vous devez constamment réfléchir à comment atténuer les effets du terrorisme, à améliorer la collecte de renseignements et la traque des terroristes. » De la part d’un chef du Pentagone dont les adjoints truquaient la réalité pour légitimer l’invasion illégale de l’Irak, cette évaluation alarmiste était clairement manipulatoire.

 

En effet, rappelons notamment que, le 2 décembre 2001, Rumsfeld affirmait sur NBC qu’une base souterraine imaginaire de Ben Laden à Tora Bora était « une affaire sérieuse. Et il n’y en a pas qu’une. Il y en a beaucoup. Et elles ont été utilisées très efficacement. Et j’ajouterais que l’Afghanistan n’est pas le seul pays à avoir développé ces complexes souterrains. Un certain nombre de pays ont fait de même. L’équipement de tunnelage qui existe aujourd’hui est très puissant. C’est à double usage. Il est disponible dans le monde entier. Et les gens ont reconnu les avantages d’utiliser une protection souterraine pour eux-mêmes. » Quelques semaines plus tard, la CIA et les Forces spéciales américaines ne trouvèrent aucune trace de cette prétendue « forteresse souterraine » à Tora Bora. Six mois plus tard à Chantilly, Donald Rumsfeld tentait d’effrayer ses partenaires européens en exagérant la menace terroriste, et en établissant un lien imaginaire entre ce danger et l’Irak de Saddam Hussein. Or, à en juger par les réactions de l’auditoire suite à l’intervention de Richard Perle, les opposants à la politique étrangère du cabinet Bush n’étaient pas disposés à se laisser berner. 

 

Bilderberg : un espace d’influence, de libre débat et de socialisation élitaire

 

À la lecture de ce précieux compte-rendu, et des dizaines d’autres rapports et documents internes que l’on a pu consulter, le groupe de Bilderberg ressemble davantage à un lieu de socialisation, d’influence et de libre débat entre alliés transatlantiques qu’à un gouvernement mondial occulte qui manipulerait le monde en secret. Évidemment, il n’est pas exclu qu’en dehors des discussions formelles, des projets et des synergies puissent naître entre différents intervenants. Or, ces derniers n’ont pas besoin de se réunir dans les conférences de Bilderberg pour planifier leurs opérations, leurs politiques ou leurs fusions-acquisitions. Au contraire, une étude approfondie de ces dizaines de rapports et de documents nous montre que ce forum est avant tout un espace d’influence euro-atlantiste – vu l’importance de ses intervenants –, mais également de socialisation entre personnalités cooptées dans ce cercle restreint puisque considérées comme membres de l’élite transatlantique.

 

Considéré à tort comme un gouvernement mondial occulte, le groupe de Bilderberg est l’une de ces nombreuses instances internationales où l’on tente de forger des consensus entre partenaires, rivaux et alliés. Néanmoins, comme l’a démontré notre enquête, ce monde n’est pas gouverné par une élite unifiée qui partagerait les mêmes desseins machiavéliques. Au contraire, cette conférence de Chantilly montre à quel point les Européens étaient hostiles à la politique étrangère américaine de l’ère Bush, qui a durablement perturbé l’équilibre international. Sachant qu’elle était injustifiable, Rumsfeld et Perle tentèrent de la faire accepter à leurs alliés du Vieux continent en exagérant la menace irakienne et terroriste, quitte à invoquer des arguments grotesques. Ainsi, les comptes-rendus des réunions du Bilderberg font voler en éclat ce vieux cliché d’habiles conspirateurs qui se réuniraient annuellement pour décider du sort de l’humanité. En effet, notre monde est bien trop complexe, hasardeux et chaotique pour être ainsi gouverné par une « élite » qui partagerait les mêmes objectifs, ambitions et points de vue. 

 

Hélas, le manque de transparence de ce genre d’institutions, le gout du sensationnalisme, et la perte de confiance d’un nombre croissant de citoyens vis-à-vis de tout ce qui symbolise l’autorité alimentent l’essor regrettable du complotisme. Dans la France actuelle, la surréaction politico-médiatique face à un documentaire certes contestable, mais farouchement défendu par ses soutiens montre que le débat rationnel n’est plus possible. D’un côté, un nombre croissant de nos concitoyens n’ont plus confiance en nos élites, et adhèrent religieusement à des théories souvent contestables, et parfois même dangereuses ; de l’autre, nos élites n’ont plus confiance en leurs concitoyens, estimant qu’il faille les censurer, les punir, les priver de libertés et faire de la « pédagogie » pour ramener un peuple infantilisé dans le droit chemin de l’obéissance.

 

Dans ce contexte délétère, il nous a semblé utile de déconstruire les idées reçues sur le groupe de Bilderberg en décortiquant ses propres documents internes, plutôt que d’insulter de drogués, de complotistes et d’imbéciles celles et ceux qui perçoivent à tort cette organisation comme un gouvernement mondial occulte. En espérant que notre enquête les aura convaincus, nous respecterons leur liberté d’opinion dans le cas contraire, à contrepied de la presse française qui les dénigre de plus en plus fréquemment malgré l’effondrement de sa crédibilité. 

 

Maxime Chaix

 

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