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Crise du Covid-19 : à l’étranger, le cabinet Trump fragilise tant ses rivaux que ses alliés

Aujourd’hui, le chercheur Max Abrahms nous a transmis un intéressant article de l’AFP, dans lequel il fut interrogé sur la politique étrangère américaine. Selon lui, l’administration Trump ferait mieux d’être moins agressive sur la scène internationale, et de se recentrer sur la lutte contre le Covid-19 à l’intérieur de ses frontières. Or, comme nous allons le constater, Washington multiplie les actes hostiles contre l’Iran, le Venezuela, l’Irak ou la Chine – et même contre ses alliés européens (travel ban, scandale CureVac…). En clair, alors que cette pandémie déstabilise le monde entier, le cabinet Trump opte pour l’escalade des tensions au pire des moments, à l’instar de son allié saoudien avec sa guerre des prix du pétrole. Décryptage des dangers de l’unilatéralisme en période de crise.

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MBS, le prince du chaos

En 1517, Nicolas Machiavel écrivit qu’il est « très sage de simuler un temps la folie ». Quatre siècles et demi plus tard, Richard Nixon mena une politique étrangère basée sur ce principe, qui visait à faire croire à ses ennemis qu’il était instable et irrationnel afin de leur imposer ses décisions. Cette tactique, que l’on retrouve tant chez Donald Trump que chez Vladimir Poutine, fut appelée la « théorie du fou ». En ayant lancé une guerre des prix du pétrole incroyablement déstabilisante – y compris pour elle-même –, l’Arabie saoudite de Mohammed ben Salmane semble avoir recours à cette ruse afin d’imposer ses conditions à la Russie. Pourtant, les principales décisions de MBS depuis 2015 nous indiquent non pas une « théorie » mais une « pratique du fou », caractérisée par une absence totale de limites – ce que nous allons démontrer à travers dix exemples éloquents. Or, nous constaterons que ses récentes décisions sur les prix du pétrole et la purge d’importants princes saoudiens pourraient lui être fatales. Décryptage. 

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Arabie saoudite, Turquie, Irak : nos différentes analyses et hypothèses confirmées

Nous informons nos lecteurs que différentes analyses, hypothèses et prédictions de notre fondateur Maxime Chaix ont été confirmées ces dernières semaines. Fragilisation des États-Unis dans la guerre des prix du pétrole, craintes de coup d’État à Riyad, position de faiblesse d’Ankara face à Moscou dans l’offensive d’Idleb, implication probable de Daech dans les tirs de roquettes invoqués par Washington pour justifier la liquidation de Soleimani… Les confirmations récentes de nos analyses, hypothèses et prédictions montrent la pertinence de notre travail quotidien de décryptage de l’actualité. C’est pourquoi nous vous encourageons à vous abonner si vous souhaitez soutenir nos efforts, et accéder ainsi à l’ensemble de nos analyses. Nos abonnements mensuels sont engagement, et le premier mois est gratuit. Franchissez le pas, plongez avec nous dans les eaux troubles de l’actualité !

 

Notre analyse confirmée sur les raisons de la guerre des prix du pétrole, et sur son impact aux États-Unis

 

Hier, la rédaction du Washington Post a confirmé ce que nous avions écrit trois jours plus tôt, soit le fait :

 

1) que les États-Unis sont piégés dans cette guerre des prix de l’or noir, et que leurs banques et leur industrie du pétrole de schiste risquent d’en souffrir considérablement ; 

 

2) que la Russie a refusé les propositions de baisse de production de l’OPEP car elle souhaitait contrer la montée en puissance du pétrole de schiste américain ;

 

3) que l’Arabie saoudite partage cet intérêt avec Moscou, et que la guerre des prix du pétrole qu’elle a lancée est totalement contraire aux intérêts nationaux des États-Unis.

 

D’après le Post, « à première vue, la guerre des prix du pétrole qui perturbe l’économie internationale oppose le troisième producteur mondial, la Russie, au second, l’Arabie saoudite. Mais ne vous y trompez pas : le grand perdant – et une probable cible [de ce conflit] –, est le premier producteur mondial de brut, les États-Unis. Après des années de complaintes sur la perte de parts de marché de son pays face à l’essor de l’industrie américaine du schiste, et face aux sanctions que Washington a imposées à l’industrie pétrolière russe suite aux divers abus de Moscou sur la scène internationale, le Président Vladimir Poutine a décidé de riposter. Il a donc fait le choix d’une production [pétrolière] effrénée, qui menace de mettre en faillite de nombreuses entreprises américaines très endettées », comme nous le signalions trois jours auparavant

 

Dans un message au vitriol adressé à Donald Trump, la rédaction du Post ajouta que ni Vladimir Poutine, ni Mohammed ben Salmane ne constituent des alliés pour les États-Unis : « En termes géopolitiques, Monsieur Trump devrait enfin comprendre que le Président russe n’est pas un ami des Américains, réel ou potentiel, mais plutôt un despote prêt à mettre rudement à l’épreuve les intérêts vitaux de ce pays. Le prince héritier saoudien est également un acteur peu fiable sur la scène internationale, mettant l’économie américaine en danger quand cela lui convient, malgré la vaste assistance militaire et le soutien rhétorique grandiose que l’administration Trump a accordé à son régime brutal. Tandis que le monde entier doit se ressaisir face à une menace globale pour la santé publique, ces deux hommes le déstabilisent à leurs propres fins égoïstes. » Manifestement, le Washington Post découvre que l’exceptionnalisme n’est plus l’apanage des États-Unis. Ce retour à la réalité semble difficile à vivre pour cette rédaction. 

 

Notre analyse confirmée sur la guerre d’influence entre MBS et le réseau CIA/Jeff Bezos, et sur la potentialité d’un coup d’État à Riyad

 

Ces arguments extrêmement durs prononcés contre Mohammed ben Salmane par la rédaction du Washington Post illustrent une nouvelle escalade dans la guerre d’influence entre Jeff Bezos, le patron de ce journal, et son rival MBS – qu’il accuse d’avoir piraté son smartphone. En commentant cet incident, nous avions rappelé que la CIA est étroitement liée à Jeff Bezos, qu’elle se montrait ouvertement hostile envers MBS depuis l’assassinat de Khashoggi, et qu’il était possible qu’un projet de coup d’État soutenu par l’Agence vise l’autocrate saoudien. En conclusion de notre analyse, nous avions écrit qu’« il n’est d’ailleurs pas inenvisageable que la CIA tente un jour de (…) renverser [MBS]. Or, selon nos sources, l’emprise de Mohammed ben Salmane sur l’Arabie saoudite rendrait difficile – pour ne pas dire impossible –, toute tentative de l’écarter du pouvoir au moyen d’un coup d’État. » Nous désignions alors Mohammed ben Nayef comme « l’homme clé de la CIA » à Riyad, qui avait été exclu de sa position de prince héritier par le roi Salmane au profit de son fils MBS.  

 

Un mois et demi après la publication de notre analyse, Reuters rapporta que « l’Arabie saoudite a arrêté trois princes saoudiens de haut rang, dont le prince Ahmed ben Abdelaziz, le frère cadet du roi Salmane, et le prince Mohammed ben Nayef, neveu du roi, pour avoir potentiellement planifié un coup d’État, ont indiqué des sources au courant de l’affaire. » Cette agence de presse ajouta que « le prince héritier Mohammed ben Salmane, fils du roi Salmane et souverain de facto du pays, premier exportateur mondial de pétrole et allié clé des États-Unis, a décidé de consolider son pouvoir depuis le renversement de Mohammed ben Nayef en tant qu’héritier du trône lors d’un coup de palais en 2017. (…) Cinq sources ont déclaré à Reuters que le prince Ahmed et Mohammed ben Nayef furent arrêtés lors de la dernière opération. (…) Le prince héritier (…) MBS “les a accusés d’avoir eu des contacts avec des puissances étrangères, y compris avec les Américains et d’autres pays, pour mener à bien un coup d’État”, a indiqué cette source régionale. » Nous pouvons en conclure que :

 

1) les informateurs cités par Reuters sont des figures haut placées, au vu de l’opacité des affaires intérieures en Arabie saoudite. Elles tendent à confirmer notre analyse du 22 janvier dernier sur un éventuel projet de coup d’État soutenu par les services américains contre l’homme fort Riyad ;

 

2) MBS craint cette éventualité. Par conséquent, il renforce son pouvoir afin d’éviter un coup de palais, voire pire. Ce fait confirme notre analyse du 22 janvier selon laquelle « l’emprise de Mohammed ben Salmane sur l’Arabie saoudite rendrait difficile – pour ne pas dire impossible –, toute tentative de l’écarter du pouvoir au moyen d’un coup d’État. »

 

Notre analyse confirmée sur la position de faiblesse de la Turquie vis-à-vis de la Russie sur le dossier d’Idleb

 

Le 28 février, après la mort de dizaines de soldats turcs suite à une frappe de la coalition russo-syrienne, nous écrivions que « la Turquie est en position de faiblesse vis-à-vis de la Russie, contre laquelle elle ne pourra triompher à Idleb. En effet, l’OTAN n’entrera certainement pas en guerre pour protéger Hayat Tahrir al-Sham, l’“ex-” branche d’al-Qaïda en Syrie qui domine cette province et qui est alliée à Ankara. Il est donc urgent de stopper cette escalade, afin de nous acheminer vers la conclusion de cette trop longue guerre au Levant. Dans les faits, la Turquie soutient une nébuleuse de groupes armés qui ne pourront gagner ce conflit face à l’alliance russo-syrienne et sa maîtrise de l’espace aérien à Idleb. Elle prolonge donc inutilement cette guerre avec la bénédiction de Washington, qui encourage Ankara dans cette offensive en s’imaginant l’éloigner de Moscou. » Si l’on revient point par point sur cette analyse, nous avions :

 

1) compris que la Turquie était bel et bien en position de faiblesse face à Moscou, malgré l’intensification de sa « guerre des drones » en guise de contre-offensive. Or, Erdogan s’est ensuite vu imposer par son homologue russe des concessions majeures à Idleb, et l’armée syrienne et ses alliés ont rapidement repris le contrôle de l’espace aérien dans cette province. Précisons d’ailleurs que cette incursion de l’armée d’Erdogan dans le Nord-Ouest syrien engendra une bagarre générale au sein du parlement turc – un signe parmi d’autres que la Turquie est en grande difficulté dans cette affaire ;

 

2) prévu que l’OTAN n’allait pas s’engager militairement contre la Russie pour sauver l’« ex- » branche d’al-Qaïda en Syrie ; 

 

3) perçu que Washington se trompait en s’imaginant éloigner la Turquie de Moscou, à travers ses incitations à combattre frontalement la Russie dans la province d’Idleb. En effet, la dernière rencontre entre Poutine et Erdogan a confirmé leur volonté commune de maintenir des relations étroites malgré leurs rivalités géopolitiques en Syrie et en Libye. 

 

Notre analyse confirmée sur la probable implication de Daech dans les tirs invoqués par Washington pour justifier la liquidation de Soleimani 

 

Le 11 janvier dernier, nous écrivions que les tirs de roquettes mis en avant par l’administration Trump pour légitimer l’assassinat de Soleimani n’avaient probablement pas été menés par des miliciens chiites pro-iraniens, mais par Daech. Comme nous le soulignions à l’époque, « concernant les tirs de roquettes du 27 décembre contre une base américaine à Kirkouk qui, avec l’attaque de manifestants contre l’ambassade US à Bagdad, justifièrent l’assassinat de Soleimani, la mise en cause de l’Iran par Mike Pompeo fut une nouvelle fois trop hâtive, selon le New York Times et d’autres sources autorisées. En l’occurrence, il se pourrait même que cette attaque eût été menée par Daech, qui est particulièrement actif dans cette zone depuis 2018. Logiquement, déterminer qui étaient les responsables de cet acte hostile aurait nécessité du temps, mais Mike Pompeo n’était pas enclin à attendre les conclusions d’une éventuelle enquête. »

 

Or, trois semaines plus tard, le New York Times révéla que les services de renseignement irakiens estimaient que Daech était derrière ces tirs de roquette à Kirkouk. Ils expliquèrent également que leurs homologues américains ne les avaient pas consulté pour mener l’enquête, et qu’ils ne leur avaient pas transmis leurs renseignements sur cette attaque. Comme l’a rapporté le Times, « “tout indique que c’était Daesh”, selon le brigadier général Ahmed Adnan, qui est le chef du renseignement irakien pour la police fédérale à la base K1 (…) “Je vous ai parlé des trois incidents des jours précédents dans cette zone – nous connaissons les mouvements de Daech. En tant que forces irakiennes, nous ne pouvons même pas nous rendre dans cette région sans venir en nombre, car cette zone n’est pas sûre. Comment se fait-il que quelqu’un qui ne connaît pas la région puisse venir ici, trouver cette position de tir et lancer une attaque ?” Le Kataeb Hezbollah [pro-iranien] a nié toute responsabilité dans ces tirs, et aucun groupe ne les a revendiqués. »

 

En clair, trois semaines avant ces révélations du Times, nous avions compris que Mike Pompeo avait probablement utilisé ce faux prétexte pour frapper les milices pro-iraniennes en rétorsion d’une attaque qu’elles n’avaient pas commises. Ce bombardement du Pentagone avait encouragé l’assaut des chiites irakiens contre l’ambassade américaine à Bagdad. Cette série de provocations justifia l’assassinat de Qassem Soleimani, un acte périlleux qui nous rapprocha d’une potentielle guerre directe entre les États-Unis et l’Iran – même si un tel conflit reste improbable.  

 

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Maxime Chaix

 

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CIA vs. MBS : les coulisses d’une intense guerre d’influence

Depuis que le roi Salmane a écarté Mohammed ben Nayef de sa position de prince héritier au profit de son fils, Mohammed ben Salmane (MBS), la CIA semble n’avoir pas confiance en ce dernier. Alors que Ben Nayef était l’homme clé de l’Agence à Riyad, le prince héritier MBS est de plus en plus fréquemment attaqué dans les médias par la CIA et ses proches partenaires, en particulier depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi. Dernier épisode en date : les révélations du présumé piratage, par MBS lui-même, du smartphone de Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde et le patron d’Amazon – mais aussi un partenaire stratégique de la CIA et de la communauté américaine du Renseignement. Dévoilé tardivement par le Guardian, ce potentiel piratage pourrait avoir des conséquences désastreuses pour MBS et ses importants projets de transition économique.

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